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Vers un nouveau paradigme de la sécurité : la sécurité fluide

octobre 2019 par Olivier Hassid, Associé chez PwC

Un champ de la criminologie moderne s’est développé autour de la théorie d’Oscar Newman et son premier livre l’espace défendable paru en 1972. Pour être défendable, un espace devrait être délimité en zones d’influence dans lesquelles les individus développent des sentiments d’appartenance. L’un des meilleurs moyens de créer ce sentiment d’appartenance est de délimiter les espaces, ce qui peut être réalisé par des clôtures, barrières ou autres dispositifs de résidentialisation. C’est ainsi que les gathed communities sont apparues, ces résidences fermées sécurisées, souvent au profit des populations aisées.

Elles ont donné lieu à un courant conceptuel extrêmement fertile, celui de la prévention situationnelle. Ce dernier vise à empêcher le passage à l’acte délinquant en modifiant les circonstances dans lesquelles les crimes et délits pourraient être commis grâce à des systèmes de vidéosurveillance, au recours à des agents de sécurité, au contrôle des armes à feu ou encore à des alarmes antivols entre autres.

Ces dispositifs connaissent de forts développements (pensons à la vidéoprotection qui a connu un essor important dans les villes françaises au cours des dix dernières années). Ils ne sont néanmoins plus suffisants pour gérer les phénomènes d’insécurité et ce pour trois raisons principales. En effet, ils sont souvent coûteux (plusieurs dizaines de millions d’euros) et ils ont une efficacité relative (le gain est souvent plus élevé que le risque encouru). Par ailleurs, la menace peut être interne à l’organisation et un salarié qui souhaite opérer un acte de malveillance ne sera pas empêché par des mesures de contrôle d’accès. Par ailleurs, ces dispositifs ne répondent plus aux transformations sociétales actuelles.

C’est le point le plus important à mon sens. Comme le note le philosophe Hartmunt Rosa, nous vivons dans le temps de l’accélération. Accélérer les flux pour générer plus de trafic et donc créer plus de profits, voici la logique inhérente au capitalisme actuel. La prévention situationnelle prend donc le contre-pied de cette philosophie générale et par conséquent son niveau d’acceptabilité est limitée.

Dans ces conditions, et sans aller jusqu’à dire qu’il faut mettre au rebus une méthode éprouvée durant plusieurs décennies, un nouveau paradigme émerge, celui de la sécurité fluide. Face à l’accélération du marché et à une menace toujours plus diffuse, il convient d’introduire de nouveaux modes de contrôle, plus fluides, moins coercitifs et plus pratiques. En ce sens, qu’on le veuille ou non, qu’on l’accepte ou non, la biométrie prend une dimension nouvelle au sein de l’éventail des mesures de sécurité : empreinte digitale, reconnaissance faciale…. Ainsi plusieurs stades en France devraient être prochainement équipés de dispositifs de biométrie afin de faciliter l’entrée pour les supporters abonnés et ainsi limiter le nombre de stadiers.

Ce type de dispositifs connait également un essor mondial dans les aéroports et plus globalement dans les transports collectifs parce que ces technologies répondent à nos impératifs de just in time. Au niveau du contrôle au frontière, les dispositifs biométriques permettent de réduire les temps d’attente tout en renforçant la sécurité globale. Ainsi à l’aéroport d’Atlanta, la mise en place d’un parcours biométrique a permis aux passagers de Delta Airlines de diminuer le temps d’attente de 9 minutes, ce qui favorise la fluidité et améliore l’expérience des voyageurs. Parallèlement, cela réduit le risque d’erreur humaine. Selon une étude réalisée par l’université de Nouvelles-Galle du Sud, dans 14% des cas, l’agent n’est pas en mesure d’associer le visage de la personne devant lui à celui de la photo du document d’identité. Le recours à la biométrie pour des contrôles automatisés permet donc de de pallier ces erreurs humaines. Par ailleurs, les drones et autres robots permettent de surveiller des espaces beaucoup plus importants que ne peuvent le faire les individus. Ils permettent de détecter plus rapidement une situation de crise et ce dans des conditions parfois extrêmes. Or la rapidité d’action est essentielle dans le champ de la sécurité pour limiter le nombre de victimes. Via les smartphones ou des beacons (capteurs de détection), il sera de plus en plus possible d’assurer le suivi des individus. Ce suivi permettra d’effectuer à la fois une meilleure gestion des flux et une meilleure gestion des crises. Cela pourra permettre de repérer rapidement la zone de risque et ainsi de protéger les personnes en danger.

La sécurité est en train de muer d’une sécurité forteresse vers une sécurité fluide plus adaptée à notre société moderne. Des systèmes mixtes seront naturellement mis en œuvre, mais à terme, mais les systèmes les moins agiles seront pour sûr écartés. Ces dispositifs fluides seront certainement mieux acceptés par les usagers parce qu’ils réduiront les contraintes relatives aux moyens traditionnels. Pour autant, ils posent des problèmes éthiques importants tels que la fuite de données personnelles en cas de piratage. La question du remplacement de l’homme par la machine se pose également. Il faut voir que ces dispositifs sont beaucoup moins consommateurs de ressources humaines. Or aujourd’hui, la sécurité privée en France représente environ 150 000 agents. La diffusion de ces nouveaux systèmes pourrait potentiellement entrainer la diminution d’un tiers le nombre d’agents nécessaires d’ici dix ans (extrapolation sur la base des d’un étude de l’Université d’Oxford ). Face à cette rupture majeure dont peu parle, la place de l’humain et la confiance sont furieusement au cœur des réflexions. Reste à savoir comment nous souhaitons répondre à ces enjeux sociétaux majeurs et quel paradigme de sécurité nous voulons voir émerger dans le futur.




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