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Un vote électronique qui fragilise les élections américaines

octobre 2020 par Ivàn Arce, CTO de Quarkslab

Dans le duel qui oppose Trump à Biden, le recours au vote électronique semble en passe d’être (à nouveau) utilisé pour l’édition 2020 des élections américaines. Ce système de vote apparemment séduisant est pourtant à l’origine d’innombrables failles de sécurité qui alimentent la défiance vis-à-vis du processus démocratique.

2020 ou 2016 ? On pourrait se demander dans quelle année s’apprêtent à se tenir les élections américaines tant le pays semble avoir peu appris de ses erreurs passées. Malgré les présomptions de fraudes électorales qui entachent celles qui ont porté Donald Trump au pouvoir, les États-Unis s’apprêtent à réitérer. Pourtant, le pays ne semble pas plus en mesure d’assurer l’intégrité des votes soumis par voie électronique qu’auparavant*, et si ce mode de vote a connu un engouement son usage se résorbe. Après s’en être massivement doté, les États sont en train d’opérer le mouvement inverse : les Européens ont progressivement écarté cette technologie de leurs processus de vote, et à travers le monde il n’y a plus guère que le Venezuela ou le Brésil pour l’utiliser.

Pour consentir il faut comprendre

La rencontre du scrutin démocratique et de la technologie n’est pas, en elle-même, un problème : cette dernière se révèle par exemple très utile au moment de compter les voix, et son rôle post-vote n’est pas remis en question. Non, le problème survient lorsqu’elle est utilisée au cours du processus de vote, et qu’une interface électronique, quelle qu’elle soit, s’interpose entre le votant et l’enregistrement de son vote.

Le premier problème est moins technologique que social. Même dans sa forme la plus simple, le vote électronique n’est pas à la portée de tous les citoyens : certains de nos aînés, ou citoyens empêchés, rencontreront des difficultés à s’en servir. Des difficultés que ne présente pas a priori le geste élémentaire de cocher une case ou de glisser un papier dans une enveloppe. À ce titre, l’Allemagne a jugé inconstitutionnel l’usage d’un système de vote dont les citoyens non-experts – soit, tout de même, la majorité de la population – ne comprennent pas le fonctionnement ; car pour consentir il faut comprendre, sans quoi la confiance, fondamentale au processus démocratique, ne peut être garantie**.

Une présentation des candidats biaisée

Le deuxième problème est d’ordre technique, et avait déjà été pointé du doigt lors des élections américaines de 2000 qui avaient fait élire G.W Bush face à Al Gore. Pour être fiable, un système de vote dématérialisé doit garantir trois choses : que le système présente les candidats de façon égalitaire ; que le système enregistre bel et bien le choix fait ; que le choix ne soit pas altéré une fois enregistré. Aussi superficiel que cela puisse paraître, l’égalité de traitement des candidats est biaisée par le support électronique. Lors d’une élection à multiples candidats, par exemple, les candidats seront soit présentés sur plusieurs pages soit dans une fenêtre déroulante. Or, les exemples ont montré que les premiers candidats présentés étaient favorisés ; les électeurs étant – malheureusement – parfois trop impatients ou trop paresseux pour scroller ou cliquer sur la page suivante.
D’autre part, de par la nature des logiciels, même les plus sécurisés ne sont pas capables de garantir une absolue confidentialité du vote, et chaque système de vote électronique jusqu’à présent mis en place a connu des failles de sécurité. Dernier pays d’Europe à utiliser le vote électronique, la Suisse a voulu vérifier avant ses élections municipales de l’an passé la fiabilité de son système, en mettant le code source en ligne. Au cours des jours suivants, les chercheurs ont identifié de telles failles qu’elles permettaient de modifier les résultats. Conséquence raisonnable, le système électronique a donc été abandonné**.

Des conséquences exponentielles

Le troisième grand problème tient, enfin, à l’ampleur des conséquences. En cas de faille, le recours à la technologie amplifiera un biais, une faille ou une falsification à l’échelle du pays. Une tentative de manipulation des élections sera plus complexe à déployer à grande échelle dans le monde physique, en allant, par exemple, corrompre ou intimider les votants. Elle sera également plus clairement identifiable qu’une intrusion informatique, qui peut se répandre de façon quasi instantanée à l’ensemble du système. Outre les ingérences externes, les autorités politiques peuvent aussi chercher à interférer : il est donc crucial que le processus démocratique passe par un biais qui permet une garantie y compris contre ceux qui l’organisent.
En février 2020, les élections municipales avaient dû être suspendues en République dominicaine suite à une « faille technique dans le système du vote électronique**** » qui a plongé le pays dans la crise. Suspendues puis repoussées par le COVID, les élections ont enfin pu se tenir en juillet. Et cette fois, sur du bon vieux papier.

Le sujet du vote est délicat, car les élections constituent un évènement crucial pour tous pays – où elles existent – et un paradigme pour la démocratie – en terre démocratique. Les menaces que le recours au vote électronique fait peser sur les élections américaines de 2020 n’impliquent pas seulement des bugs ; mais bien des forces étrangères qui pourraient chercher – et chercheront certainement à nouveau – à déstabiliser le pays. Pour que le scénario de 2016 ne se reproduise pas, les États- Unis et au-delà, l’ensemble des pays démocratiques, doivent cesser de confondre innovation et modernité.




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