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Technologies éthiquement conformes, une utopie ou une opportunité ?

décembre 2013 par Emmanuelle Lamandé

Même si beaucoup, industriels comme politiques, le nient encore ou n’en ont pas conscience, les technologies ont un impact éthique certain sur la vie privée des citoyens. Pour les différents experts réunis par la Commission européenne à l’occasion de Milipol Paris, l’évolution vers des technologies « éthiquement conformes » passera, en premier lieu, par la reconnaissance de cet impact et l’exigence de réglementations et obligations éthiques, mais aussi par la collaboration de l’ensemble des parties prenantes.

Le numérique offre de nouvelles possibilités socio-économiques, mais l’abus de ces nouvelles technologies par certains acteurs crée de la défiance dans nos sociétés, constate Patryk Pawlak, Senior Analyst, European Union Institute for Security Studies (ISS). Deux alternatives existent alors : soit la négation de l’impact éthique de nos technologies, soit la reconnaissance de cet impact et l’exigence de réglementations et obligations éthiques.

Le concept de respect de la vie privée manque aujourd’hui de pragmatisme

Pour Jean-Marc Suchier, Former CEO, Sagem Morpho, la principale question à se poser est de savoir « comment » intégrer la considération de la vie privée dans un nouveau produit ? « L’objectif de l’industrie est d’avoir un produit qui soit efficace rapidement, et à des coûts optimisés. Les premières interrogations qui se posent, du point de vue business de l’entreprise, sont donc : combien de temps nécessitera son développement, pour quels coûts et quelles ressources ? Mais la notion de vie privée s’avère encore floue. En effet, elle reste très difficile à traduire en pratique et à définir en normes. Chaque entreprise dispose actuellement de sa propre approche. Le projet de règlement européen concernant la protection des données à caractère personnel prévoit le respect de la vie privée dès la conception de nouvelles solutions, c’est-à-dire la « Privacy by Design ». Toutefois, la Commission européenne ne nous donne pas de détails pratiques. C’est un concept qui manque aujourd’hui de pragmatisme. Nous avons besoin d’une synchronisation en Europe et de la mise en place d’une norme, du type ISO 9000, adaptée au respect de la vie privée ».

James Peter Burgess, Research Professor, Peace Research Institute in Oslo (PRIO), estime, quant à lui, que chaque projet doit s’inscrire dans une Charte des droits fondamentaux, afin d’assurer le respect civil des libertés de chacun. Le défi est de pouvoir offrir aux citoyens de nouveaux produits qui améliorent leur qualité de vie et leur sécurité, sans pour autant porter atteinte au respect de leur intimité. Le problème est qu’il n’existe pas encore vraiment à ce jour de terminologie commune. « Nous avons besoin de meilleurs outils pour évaluer la sécurité », explique-t-il. Sans compter les problèmes inhérents aux applications faites des technologies, qui s’avèrent souvent détournées.

Ben Hayes, Director, Statewatch European Monitoring and Documenting Centre on Justice and Home Affairs in the UE (SEMDOC), se demande, pour sa part, si nous avons vraiment les capacités politiques et juridiques de suivre la vitesse d’évolution de la technologie, qui se veut extrêmement rapide. Patryk Pawlak considère qu’il s’avère impossible de modifier tout le système juridique en la matière, ni de refaire l’ensemble des technologies. Qu’est-il possible de faire alors ?

Selon Ben Hayes, il convient de s’attacher, dans un premier temps, aux technologies prioritaires et de les penser ou repenser avec des aspects socio-déontologiques. Il est vrai que la recherche ne pourra pas être exhaustive. Nous devons donc reprioriser les technologies et les ressources. Cela ne pourra, cependant, pas se faire sans une volonté politique plus affirmée.

La participation citoyenne est essentielle

Quand un ingénieur développe un produit, il ne pense pas développer quelque chose qui porte atteinte à la vie privée, explique Jean-Marc Suchier. Nombreux sont, en effet, ceux qui n’ont pas conscience de ces problématiques. Beaucoup de sensibilisation reste donc à faire en la matière, notamment au niveau des collaborateurs qui conçoivent et mettent en œuvre les projets. Pour lui, il s’avère essentiel que les chercheurs travaillent de concert avec les industriels. Le travail en équipe est source de réussite. Il est fondamental d’avoir une vision pragmatique et collaborative, mais aussi d’améliorer la conception « Privacy by Design ». Toutefois, force est d’admettre que tous ces changements ne pourront se faire du jour au lendemain.

Quand on observe la miniaturisation des technologies et leur facilité toujours grandissante de capter des données à caractère personnel, il est, en effet, de plus en plus difficile de croire que le respect de la vie privée puisse être possible, souligne Ben Hayes, d’autant que l’innovation va toujours dépasser le cadre juridique. Pour lui, la solution pourrait bien provenir de la recherche qui pourrait impulser une nouvelle dynamique.

Hendrik Keersmaekers, Legal Affairs Manager, G4S, partage ce point de vue. La sécurité doit être transparente, équilibrée et consultative entre les différentes parties prenantes. La communication doit être renforcée entre les acteurs : industriels, politiques, chercheurs... Les industriels ont, de plus, besoin de l’avis et du soutien des utilisateurs. Effectivement, la question de la participation citoyenne est essentielle. L’objectif, à terme, serait d’ailleurs de créer une plateforme d’échanges entre ces différentes parties prenantes. En outre, chaque projet doit aujourd’hui étudier, avant sa mise en œuvre, son impact sur la société, et être développé en collaboration avec les ingénieurs, les équipes du marketing, les utilisateurs… Les besoins réels des citoyens ne sont globalement pas étudiés aujourd’hui, et nous pouvons douter de l’efficience d’un système qui fonctionne comme cela, conclut-il.


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