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Steve Kremer, Inria : La recherche académique a un rôle majeur à jouer pour aller vers un monde plus sûr

janvier 2019 par Marc Jacob

Lors du FI, l’INRIA sera présent aux côtés de ses partenaires de l’Alliance Allistène, pour présenter ses travaux de recherche. De plus l’institut présentera également en avant-première un Livre blanc sur la cybersécurité, abordant les principaux enjeux du domaine, les activités d’Inria en cybersécurité, les principaux défis scientifiques, ainsi que des recommandations. Steve Kremer, Chercheur, co-auteur du Livre blanc Inria sur la cybersécurité d’Inria estime que la sécurité est la responsabilité de tous et la recherche académique a un rôle majeur à jouer pour aider tous les acteurs de la société à avancer vers un monde plus sûr.

Global Security Mag : Quelle actualité allez-vous mettre en avant à l’occasion de la 11ème édition du Forum International de la Cybersécurité ?

Steve Kremer : Inria sera présent, aux côtés de ses partenaires de l’Alliance Allistène, pour présenter ses travaux de recherche. L’institut présentera également en avant-première un Livre blanc sur la cybersécurité, abordant les principaux enjeux du domaine, les activités d’Inria en cybersécurité, les principaux défis scientifiques, ainsi que des recommandations.

GS Mag : Selon vous, qu’ils soient d’ordre psychologique, technique, humain ou financier, quels sont les défis liés à la sécurité et à la privacy « by-design », thème du FIC 2019 ?

Steve Kremer : Les défis dans le domaine de la cybersécurité sont nombreux. D’une manière générale, l’intégration de la sécurité dès la conception de tout système logiciel (OS, application, couche réseau, etc.) est essentielle, la prise en compte de la sécurité a posteriori ayant montré ses faiblesses. Sur le plan technique, il faut disposer d’outils cryptographiques sûrs et aussi réfléchir, dès aujourd’hui, à la cryptographie post-quantique. L’utilisation de méthodes formelles pour la conception, l’analyse et la certification de mécanismes de sécurité est incontournable et doit se répandre. À l’heure où tout est numérique, la sécurité de l’internet des objets et la protection de la vie privée des citoyens sont fondamentales et représentent un défi majeur pour notre société. La sécurité des systèmes industriels ou celle des véhicules autonomes, dont l’attaque peut avoir des conséquences catastrophiques, pose aussi des questions spécifiques d’une importance primordiale. Côté humain, la sensibilisation aux questions de sécurité de tous les acteurs, que ce soit des industriels, des décideurs, ou de simples citoyens, y compris les élèves de tous âges, est essentielle.

GS Mag : Quels sont vos 3 conseils aux organisations pour relever ces défis ?

Steve Kremer : Il faut prendre conscience des risques en matière de cybersécurité, les évaluer au mieux et, dans tous les cas, mettre en place une bonne politique de sécurité. Cela passe évidemment par l’éducation et des actions de sensibilisation. Il faut comprendre que la sécurité a un coût financier, bien sûr, mais aussi que certains mécanismes de cybersécurité peuvent nuire à l’utilisabilité. Enfin, il faut concevoir des systèmes résilients et établir des procédures en cas d’attaque parce que la sécurité absolue n’existe pas !

GS Mag : Qu’est-ce qui a changé pour les entreprises avec le RGPD et où en sont-elles dans leur mise en conformité ?

Steve Kremer : Le RGPD est un texte structurant bienvenu pour promouvoir les bonnes pratiques et inspirant pour de nombreux pays hors de la zone européenne. Cependant, ce règlement soulève aussi de nombreuses questions pour les responsables de traitement, parce que les notions ne sont pas toutes aisées et surtout il manque des guides et des outils pour en faciliter la mise en œuvre. Les établissements de recherche dont Inria ont leur rôle à jouer ici, en menant des travaux interdisciplinaires sur certains concepts clés où les points de vue juridiques et scientifiques doivent être confrontés, en développant des outils pratiques, par exemple d’anonymisation, afin de ménager respect de la vie privée et utilité des données, ou encore en utilisant des méthodes formelles pour concevoir des architectures respectueuses de la vie privée. Le Livre Blanc Inria sur la cybersécurité propose un certain nombre de pistes d’approfondissement sur ces aspects.

Enfin, ce règlement s’applique également à nos activités de recherche et on ne peut plus concevoir aujourd’hui des recherches nécessitant la collecte de données à caractère personnelle sans se poser la question de la conformité à la législation.

Des travaux sont en cours afin d’aboutir à des recommandations pour aider les chercheurs et les comités d’éthique des établissements publics de recherche, dont Inria, et des questions complexes se posent afin d’établir une position juridiquement fondée en phase avec la réalité de la recherche académique.

GS Mag : A quoi devons-nous, selon vous, nous attendre en 2019, que ce soit du côté de l’attaque ou de la défense ?

Steve Kremer : Début 2018, des attaques logicielles exploitant le hardware, telles que Spectre et Meltdown, ont été révélées. On peut s’attendre à ce que de nouvelles attaques de ce type soient de plus en plus sophistiquées et deviennent plus facilement exploitables. Une crainte souvent exprimée est une attaque coordonnée de grande ampleur contre les états : les dommages pourraient être conséquents, à la fois sur le plan économique mais aussi sur le plan humain. Y sommes-nous suffisamment préparés ? Nos infrastructures sont-elles suffisamment résilientes ?

Heureusement, bien que beaucoup moins médiatisées que les attaques, il y a aussi d’énormes progrès du côté de la défense. Par exemple, des équipes Inria mettent au point des schémas de chiffrement qui ne pourront pas être cassés par un ordinateur quantique ; d’autres développent des librairies cryptographiques dont la sécurité du code est formellement prouvée et qui sont déjà intégrées dans les logiciels Mozilla ; d’autres encore certifient la sécurité de protocoles de votes électroniques, déployés en Suisse.

GS Mag : Quel est votre message à nos lecteurs ?

Steve Kremer : L’investissement en cybersécurité a un coût dont il est difficile de voir les bénéfices immédiats. Mais inversement, l’absence d’investissement dans ce domaine peut un jour coûter très cher à une entreprise, voire la conduire à la faillite. De plus, le risque peut aller au-delà de l’entreprise elle-même qui peut servir involontairement de vecteur à une attaque plus large. La responsabilité est encore plus grande pour une entreprise éditrice de logiciels. La sécurité est la responsabilité de tous et la recherche académique a un rôle majeur à jouer pour aider tous les acteurs de la société à avancer vers un monde plus sûr.


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