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Gestion de crise : comment se préparer à l’impensable ?

février 2013 par Emmanuelle Lamandé

Pour son premier dîner-débat de l’année sur la gestion de crise, le Cercle de la Sécurité a fait appel aux compétences de la force d’intervention la plus emblématique en France : le RAID. Habitué à la gestion de situations extrêmes et de cas désespérés, Amaury de Hauteclocque, Chef du RAID depuis 2007, connaît, en effet, mieux que personne « la crise ». Aux côtés de Nicolas Arpagian, Rédacteur en Chef de la revue Prospective Stratégique, il revient ainsi sur les aspects cruciaux de la gestion de crise et de la façon d’en sortir.

Dans quels cas fait-on généralement appel au RAID ?

Depuis sa création en 1985, le RAID (Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion) participe sur l’ensemble du territoire à la lutte contre toutes les formes de terrorisme et de criminalité organisée. Le RAID est généralement appelé en dernier ressort, et s’avère bien souvent être l’ultime solution. Il se compose aujourd’hui de 200 personnes, qui opèrent sous la devise « Servir sans faillir ».

Comme l’explique Amaury de Hauteclocque, Chef de la Force d’Intervention de la Police Nationale, Service RAID, le RAID est notamment en charge de :
- La résolution de crises majeures ou complexes portant gravement atteinte à l’ordre public : terrorisme, prise d’otages, retranchement de malfaiteurs ou forcenés ;
- Le concours opérationnel aux services chargés de la prévention et de la répression de la criminalité organisée et du terrorisme ;
- La protection de hautes personnalités ;
- Etc.

En termes de gestion de crises, le RAID effectue environ une quarantaine d’interventions chaque année. Mais le RAID n’assure pas uniquement la gestion de crise : il effectue également des formations auprès de personnels de police et d’unités d’intervention, de l’assistance technique. L’objectif est ici de mettre à profit ses compétences techniques et d’apporter sa plus-value.

Créée le 31 juillet 2009, la Force d’Intervention de la Police Nationale (FIPN) est la structure opérationnelle visant à coordonner les actions des unités d’interventions de la Police Nationale : le RAID, les GIPN (Groupes d’Intervention de la Police Nationale) et la BRI/BAC (Brigade de Recherche et d’Intervention et Brigade Anti-Commandos). Suite aux attentats de Bombay de 2008, la France a, en effet, décidé de mettre en place un exercice grandeur nature, nommé « PLM » (Paris-Lyon-Marseille). Plusieurs attaques et prises d’otages ont ainsi eu lieu de manière quasi-simultanée dans différentes villes. La création de cette Force d’Intervention de la Police Nationale fait suite à cet exercice. Cette unité de gestion de crise est aujourd’hui forte de près de 450 opérateurs. Associé au GIGN (Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale), le « réservoir national » monte à 900 personnes. C’est d’ailleurs la plus grande réserve d’Europe.

C’est le chef du RAID qui assure le commandement opérationnel de la FIPN. Le RAID est, d’ailleurs, l’échelon central de la FIPN. Il est placé sous l’autorité du directeur général de la police nationale et dirigé par un fonctionnaire du corps de conception et de direction de la police nationale. Le RAID ne peut être mis en alerte que sur ordre du directeur général de la police nationale et n’intervient que sous le commandement de sa hiérarchie.

Le RAID est lui-même composé de plusieurs entités, à savoir par exemple d’un groupe d’alerte. Celui-ci doit pouvoir être projeté partout en France en une heure de temps maximum ou à travers le monde en cas d’alerte. D’autres travaillent plutôt sur le transport d’images satellite, ou le développement de moyens de tracking à des fins de renseignement… « Nous sommes toujours à la recherche d’objets discrets et de donc de nouvelles technologies de miniaturisation, y compris pour les drones ».

Comment jauger les compétences des candidats potentiels au service du RAID ?

Différents process existent pour évaluer les compétences des candidats potentiels. Outre une sélection sur dossier et une batterie de tests physiques, les candidats sont soumis à rude épreuve. « Nous essayons de recréer des situations de crise, afin de mettre l’individu face à des situations de stress et d’observer sa réaction. Sur une période de douze jours environ, nous allons les mettre en situation de rupture : leur sommeil est ainsi cassé pendant plusieurs jours, puis nous les mettons dans une situation où ils devront ingérer des informations et agir en conséquent. On leur enlève, de plus, tout élément au temps. Une étude américaine a démontré que notre stress annihilait 30 à 50% de notre faculté du réel, et donc de notre façon de comprendre et d’appréhender une situation. C’est pour cela que nous les poussons à bout psychologiquement, afin de voir comment ils vont réagir en situation de rupture et d’insatisfaction. Nous leur faisons également prendre conscience qu’en équipe, on s’en sort toujours mieux que tout seul ».

Le RAID recherche notamment des profils calmes, qui ont une grande capacité d’absorption du stress, avec a minima cinq années d’expérience. Il privilégie également les personnes mariées (globalement plus disponibles que les célibataires), d’environ trente-cinq ans. Il est aussi à la recherche de profils spécifiques, qui ont des compétences spécifiques en langues, en informatique…

La société française est-elle devenue aujourd’hui plus violente ?

« Non, pas spécialement, la mémoire collective devient juste de plus en plus courte, si l’on se réfère par exemple à la violence des années 50. Toutefois, nous sommes beaucoup plus aux prises avec la situation économique actuelle. Une situation sociale va rapidement venir accentuer ou aggraver la crise. La majeure partie des interventions aujourd’hui concernent des forcenés qui agissent suite à une séparation, des problèmes financiers ou d’alcoolisme, voire qui souffrent juste d’une grande solitude… Ce phénomène rend encore plus difficiles nos missions d’intervention. En effet, ces forcenés sont souvent imprévisibles dans leurs actions et n’ont généralement pas de requêtes spécifiques, il n’y a donc pas forcément d’échange à leur proposer », explique-t-il.

La première étape pour les négociateurs consiste à comprendre le pourquoi de la situation, à essayer de savoir qui se cache derrière le forcené (histoire, parcours, situation actuelle…) et qui sont ses proches. L’objectif est d’essayer de trouver des points de contact qui pourront nous aider dans nos négociations avec l’attaquant. Pour lui, si on arrive à sortir de la crise par le haut, c’est forcément qu’on en aura compris les causes.

Gestion de crise : comment s’y préparer au mieux ?

Le problème majeur dans la gestion d’une crise est que, bien souvent, les informations que l’on a de la situation sont parcellaires, voire complètement erronées. Les situations ne sont jamais, en effet, comme on le croit. La gestion de crise est donc elle-même parcellaire, ce qui complexifie d’autant plus la tâche. Il se souvient ainsi de sa première nuit d’intervention passée à parler « tout seul » derrière la porte d’une maison, son collègue étant persuadé que le suspect se trouvait à l’intérieur…

La gestion de crise est un travail de longue haleine. Même si aucune affaire ne se ressemble, la préparation doit s’inscrire dans un processus permanent, et c’est également valable pour les entreprises. Il est essentiel de définir au préalable des règles, ainsi que le rôle de chacun dans le processus de gestion de crise. Ce dernier doit être répété de manière récurrente. Il est également important de développer sa capacité à combattre le stress, afin de ne pas perdre ses moyens face à la situation de crise.

Pour Amaury de Hauteclocque, le plus dur ne se situe pas dans la crise elle-même, mais dans le passage de l’état nominal à l’état de crise, puis de la crise à la sortie de crise. La gestion de crise, c’est de pouvoir à un moment donné ralentir la réalité et arriver à reprendre la maîtrise de la situation. Le temps de l’inquiétude se situe surtout au moment de l’incident, et donc du passage du quotidien à l’état de crise, puis au moment de la sortie de crise et du retour à la normale. A posteriori, il s’avère, en outre, essentiel de mettre le point sur toutes les défaillances du processus de gestion de crise, afin de s’intégrer dans un processus d’amélioration continue.

Quelle communication en cas de crise ?

Amaury de Hauteclocque ne communique pas aux médias pendant la crise, mais directement auprès du ministère. Ce dernier, une fois avisé des détails opérationnels de l’intervention, définit sa stratégie de communication auprès des médias. Il est important d’accompagner l’information, mais aussi d’essayer d’utiliser sa logique pour l’utiliser à son avantage pendant la crise. Nous sommes aujourd’hui souvent victimes de la médiatisation de nos interventions et d’une communication à outrance d’informations parfois déformées, et qui peuvent, en outre, nuire au bon déroulement de notre mission. Le problème des médias aujourd’hui est qu’ils n’informent plus, ils abreuvent, sans même se soucier de la véracité des informations qu’ils diffusent. Après la crise, la situation est différente ; la communication peut donc se faire sans problème et s’avère même importante.

Pour conclure, il rappelle que la crise, c’est avant tout la perte d’un équilibre. La cohésion d’un groupe ou d’une équipe s’accentue généralement dans les situations de crise. C’est, en effet, cette gestion du déséquilibre qui accroît le sentiment de cohésion et d’attachement entre les personnes. C’est d’ailleurs aussi ce qui fait la force du RAID.




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