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Forum Atena : Franchir la crise avec l’intelligence des risques

mai 2009 par Emmanuelle Lamandé

Quels sont les enjeux de l’Intelligence économique et de l’intelligence des risques en période de crise ? Comment s’en servir pour déjouer le talent d’un phénomène dévastateur, qui mute en permanence et que nous alimentons magnifiquement ? Plus que jamais en cette période de crise, la protection du patrimoine informationnel et matériel de l’entreprise doit s’inscrire dans une démarche de connaissance et d’anticipation des risques et ne doit en aucun cas se laisser gagner par le macro-pessimisme ambiant. Le Forum Atena ouvrait le débat sur cette problématique à l’occasion de son dernier atelier Intelligence Economique.

Pour Bernard Besson*, chargé de Mission auprès du Haut Responsable à l’Intelligence Economique, l’intelligence des risques peut nous aider à franchir la crise actuelle. Nous sommes aujourd’hui confrontés à un discours effrayant, contradictoire et peu vérifié, qui contribue à l’angoisse des citoyens et des entrepreneurs. Nous évoluons dans une société anxiogène (chômage, crainte de l’avenir, planète en danger, …), gouvernés par la loi et le décret, ce qui accroît de manière considérable l’inquiétude ambiante. Ce phénomène engendre une augmentation de la vente de médicaments, d’anxiolytiques, mais aussi du nombre de consultations chez des spécialistes, … C’est une réalité humaine. Dans une société angoissée, on peut jauger l’état général à la consommation de médicaments. Le macro-pessimisme ambiant laisse heureusement une petite place au micro-optimisme, de certaines petites structures notamment.

Les codes génétiques des crises mutent chaque jour, ce qui les rend illisibles

Bernard Besson distingue plusieurs catégories de crise : il y a les crises dont on parle et celles dont on ne parle pas, les crises intermittentes, les micro-crises, les crises à venir… Prévoir les crises est un exercice difficile, car beaucoup d’entre elles sont inattendues. Pourtant, la crise possède certaines caractéristiques propres qui ne trompent pas :
- La crise a du talent. Elle modifie, change un certain nombre de comportements. La crise engendre des économies d’énergie. La recherche de la simplicité, du développement durable, …, est une attitude encouragée par la crise. On répare plus facilement, on jette moins qu’autrefois. La crise réinvente.
- La crise a un code génétique. Elle se caractérise d’abord par le décloisonnement de notre mode de conditionnement, de fonctionnement et de pensée. De plus, la crise entraîne la crise. La nomination même de la crise provoque la crise.

Cependant, les codes génétiques des crises mutent chaque jour, ce qui les rend illisibles. Pour lire la crise, nos schémas deviennent inadéquats. Il faut ainsi être capable de retrouver des éléments qui vont vous permettre de comprendre la crise (mémoire, maîtrise, analyse, réseau). L’intelligence des risques va permettre de lutter contre la crise.

L’intelligence des risques est une lecture collective des risques

L’intelligence des risques (IR) est une lecture collective des risques. Jean-Claude Possin*, Consultant, distingue 4 familles de risques : les risques de sécurité industrielle, les risques de sûreté, les risques environnementaux et les risques managériaux. Les risques managériaux relèvent de dysfonctionnements ou de défauts de management susceptibles de diminuer les performances de l’entreprise ou de remettre en cause sa pérennité (amnésie de savoir-faire, perte d’opportunité, cécité technologique, perte d’image pour l’entreprise, …). La gestion des risques permet d’appréhender ces risques et d’avoir une vision globale. Il s’agit de cartographier les risques, de les suivre et de les éradiquer dans l’entreprise.

La criticité d’un risque est égale à sa fréquence multipliée par sa gravité. Fréquence et gravité n’ont pas la même signification selon les différents secteurs d’activité des entreprises.

Criticité = Fréquence (F) * Gravité (G)

Chaque entreprise élabore ensuite des coefficients de pondération de la fréquence (Fp) et de la gravité (Gp) qui tiendront compte du chiffre d’affaire, des normes d’une profession, des réactions de la clientèle, de la culture de l’entreprise et de son environnement économique. La criticité pondérée (Cp) d’un risque sera dès lors égale à sa fréquence pondérée multipliée par sa gravité pondérée. Le calcul de la criticité pondérée permet à l’entreprise d’attribuer un chiffre à chaque risque.

Cp = Fp * Gp

Mettre en place un système d’Intelligence des Risques représente un avantage concurrentiel pour un chef d’entreprise, conclut-il.

Bernard de Vautrey, Directeur du Pôle Intelligence Economique d’Orca Consultant, nous a présenté, quant à lui, son concept de contre-ciblage économique et stratégique (CCES), dont l’objectif est la protection du patrimoine informationnel et matériel de l’entreprise. Pour ce faire, il souligne l’importance de la connaissance, de l’anticipation et du décèlement précoce. « La véritable ignorance est d’ignorer son ignorance ».

La routine et la négligence sont les pires ennemis de la protection

La chaîne de la sécurité est un tout. Si un élément manque, rien ne marche plus. Il faut trouver l’équilibre entre partager et protéger, adopter une attitude intelligente entre ne rien protéger et tout protéger, ne tomber ni dans la naïveté, ni dans la paranoïa. Il faut ainsi mettre en œuvre ce qu’il appelle la règle des 2P (Partager et Protéger). Qu’est-ce qu’on partage et pourquoi ? Pour trouver cet équilibre, il est nécessaire de se mettre dans la peau de la personne qui va vous attaquer. L’objectif est de fatiguer l’adversaire, de lancer ses concurrents sur de fausses pistes…

Le responsable de l’IE doit connaître la stratégie de l’entreprise : où se situe-t-elle ? Quels sont ses objectifs ? Où veut-elle se situer ? Comment y arriver ? Il faut identifier les menaces, les informations à protéger, les vulnérabilités ou risques, déterminer les scénarios de prédation, être prudent en ce qui concerne la sauvegarde, le stockage et l’archivage des données. En entreprise, seules les personnes qui en ont besoin doivent avoir accès aux informations. La routine et la négligence sont les pires ennemis de la protection. Il est primordial pour une entreprise de ne donner des informations qu’à des personnes bien identifiées, de savoir qui fait quoi à quel moment en son sein. Elle doit également être en mesure de gérer le flux de visiteurs et les départs de l’entreprise.

La gestion de l’image est encore un nouveau territoire

Jérome Bondu, consultant en Intelligence économique, Cabinet Inter Ligere, s’est intéressé au risque d’image. Internet est un écosystème informationnel très particulier, puisque chacun y devient un producteur et relais potentiel d’informations. Les règles n’y sont ni stables ni maîtrisées. En terme d’image, il existe un décalage entre ce que nous sommes, ce que nous voudrions être et l’image numérique qui n’est pas celle que l’on voudrait.

Quels sont les vecteurs qui permettent de modifier une image ? La publication de commentaires, la création de blogs, … Quels en sont les risques ? La critique, la calomnie, … Comment pouvoir alors détecter ces risques ? En recourant au cycle de la veille (l’expression du besoin, la recherche et la collecte d’informations, le traitement de l’information et la diffusion). L’intelligence économique, c’est l’accumulation des différentes veilles. Il existe des solutions de type organisationnel et des solutions de type informatique : créer un groupe de fans de sa marque, utiliser les Alertes Google, les flux RSS, les outils sociaux, les moteurs spécialisés, les agents d’alerte, les plates-formes de veille, … La gestion de l’image est encore un nouveau territoire, néanmoins c’est un domaine qui va se structurer au fur et à mesure avec ses solutions.

Pour Jean-Philippe Baur, Avocat Associé, le savoir ne serait-il pas le seul actif qui ne se dévalue jamais, crise ou non ? A l’heure actuelle, le meilleur investissement, c’est le savoir. C’est fondamentalement un capital, un patrimoine La protection des savoirs apparaît, dans ce cas, essentielle. Pourtant, dans certains cas, protéger son savoir est la meilleure façon de le perdre ou de le faire connaître aux autres. Parfois, ne rien protéger et avoir une loi du silence des plus absolues reste la meilleure solution. Grâce au savoir, nous pourrions assister, selon lui, à la réconciliation de l’opératif et du spéculatif, du public et du privé, de l’individuel et du collectif.


Le forum Atena est partenaire du Mastère Spécialisé sur le "Management des Risques par l’Intelligence Economique" qui a été créé à l’Institut Supérieur d’Electronique de Paris avec le Cercle d’Intelligence Economique du MEDEF Ouest parisien et l’IFIE, l’Institut Français de l’Intelligence Economique.

Ce Mastère permettra, dès la rentrée prochaine, aux acteurs chargés de gérer le « Risque Sécuritaire Global » de mettre en œuvre les concepts, moyens et outils offerts par l’intelligence économique. Cette formation permettra de maîtriser les différents aspects de la gestion du risque (anticipation, identification, analyse, prévention, maîtrise, reporting et gestion de crise) et de traiter de l’ensemble des risques auxquels est exposée une entreprise :
- Risques de sécurité (sécurité industrielle, établissements de type Seveso, hygiène, incendie, sécurité au travail, conformité à la directive Reach, risques liés aux produits défectueux, etc.) - Risques de sûreté (actes de malveillance humaine, fuite d’informations stratégiques, etc.)
- Risques environnementaux (infractions relatives au Code de l’Environnement)
- Risques managériaux (délégations de pouvoirs), entrepreneuriaux et opérationnels (dont continuité d’activité)
- Risques visant le patrimoine et la propriété intellectuelle des entreprises
- Risques d’image, etc.


* Bernard Besson et Jean-Claude Possin sont co-auteurs de l’ouvrage « L’intelligence des risques »




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