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2020 : le citoyen numérique de plus en plus isolé et résigné…

janvier 2014 par Emmanuelle Lamandé

A quoi ressemblera le citoyen numérique en 2020 ? Quelle sera sa place dans un monde où Internet en connaîtra beaucoup plus sur lui qu’il n’en connaîtra sur lui-même ? Qu’en sera-t-il du respect de la vie privée dans une société où la donnée sera source de toutes les convoitises ? Gérôme Billois, Senior Manager chez Solucom, ouvre le débat à l’occasion du Forum International de la Cybersécurité.

La CNIL a publié en novembre 2012 une étude intitulée « Vie privée à l’horizon 2020 », dans laquelle elle présente la synthèse d’une réflexion prospective, menée en collaboration avec 42 experts, sur les enjeux de la vie privée, les libertés et les données personnelles à horizon 2020. Parmi les principaux constats, Sophie Vulliet-Tavernier, Directeur des études, de l’innovation et de la prospective, CNIL, souligne la banalisation aujourd’hui des captations automatiques de données, via les systèmes de géolocalisation et de biométrie, l’Internet des Objets par exemple… On observe également le développement du profilage. En effet, l’explosion du nombre de data, créant actuellement un énorme gisement de données, va faire l’objet d’exploitations multiples.

Toujours plus connecté…

Les chiffres varient, mais globalement les prévisions s’entendent pour dire que chaque individu aura à peu près une centaine d’objets connectés autour de lui en 2020, estime Christian-François Viala, Dirigeant de Yes Profile. Ces objets sont d’ailleurs d’ores et déjà présents dans notre quotidien, même si c’est dans une moindre mesure. On retrouve ainsi, par exemple, des frigos « intelligents » (bien que vulnérables…) ou même des couches « intelligentes » qui permettent de détecter toute fuite. Demain, le frigo ira encore plus loin, complète Lazaro Pejsachowicz, Président du CLUSIF : il fera la liste des courses, effectuera la commande des aliments et déclenchera lui-même la livraison.

…mais de plus en plus isolé et résigné

Toutefois, paradoxalement au partage toujours croissant du nombre d’informations, la société sera confrontée à un problème majeur en 2020, lié directement à la numérisation : l’isolation des citoyens. Ces derniers n’auront plus de vraies raisons de sortir de cet emprisonnement numérique, tout pouvant désormais se faire sans véritables interactions humaines… D’ailleurs, Internet en connaîtra bientôt beaucoup plus sur le citoyen que celui-ci n’en connaîtra sur lui-même.

Outre ce risque d’isolement, on observe également une passivité grandissante des individus et des citoyens, constate Sophie Vulliet-Tavernier, comme par exemple face au scandale PRISM. C’est d’ailleurs surprenant qu’il n’y ait pas eu plus de réactions et que la mise en lumière de cette affaire n’ait pas soulevé les foules. On observe effectivement aujourd’hui chez les citoyens une sorte de dépit et d’acceptation quant à la dispersion de leurs données, observe Akim Oural, Responsable systèmes d’information, Lille métropole communauté urbaine. Le traçage, l’affaire PRISM… ou même la Loi de programmation militaire… ne soulèvent pas de réaction citoyenne. A croire qu’ils trouvent tout cela normal sous prétexte de renforcer la sécurité.

Big Data ou la plus grande « Big Poubelle » de l’humanité ?

A l’heure actuelle, près de 2,7 milliards de personnes sont connectées dans le monde, souligne Christian-François Viala. « Ne pas être connecté paraîtra même sans doute suspect », explique Sophie Vulliet-Tavernier. Toutefois, près de 50% des données mises en ligne par les internautes sont aujourd’hui fausses, reprend Christian-François Viala. On parle massivement de Big Data, mais à ce rythme là c’est la plus grande « Big Poubelle » de l’humanité que nous sommes en train de créer. A terme, on ne saura même plus quelles informations seront réellement vraies.

Pour Akim Oural, il faut que l’état ait un rôle à jouer pour assainir cette poubelle géante. L’état n’est pas aujourd’hui suffisamment outillé pour répondre correctement aux enjeux de respect de la vie privée. Les collectivités ont également leur rôle, afin de préparer au mieux ces différentes évolutions. L’interopérabilité est, par exemple, importante dans le développement des usages, toutefois nos collectivités travaillent encore trop actuellement en silo.

Vers une perte de confiance du citoyen ?

Deux principaux risques vont peser demain sur les citoyens, observe Lazaro Pejsachowicz : l’un technique, l’autre non, puisqu’il s’agira d’un problème de perte de confiance. En effet, un homme isolé perd la confiance qu’il accorde dans tous les services. Cependant, il n’aura que le numérique à disposition, même s’il n’a pas confiance en ce dernier. Il n’aura pas le choix et c’est un cercle vicieux. Il est difficile d’imaginer aujourd’hui quelles pourront être les conséquences d’un tel système.

Deux visions s’offrent à nous pour le futur, souligne Christian-François Viala :
- Être défaitiste et s’estimer foutu ;
- Ou alors l’homme peut reprendre le contrôle de ses données personnelles.

Le problème est qu’aujourd’hui tout devient données à caractère personnel, souligne Sophie Vulliet-Tavernier. Sans compter que nous sommes actuellement dans une situation d’opacité de l’utilisation des données et du traçage qui en est fait. On ne sait pas exactement comment sont utilisées nos données. Cette absence de transparence pose un réel problème. De plus, nous sommes face à un risque certain que les citoyens adoptent un comportement numérique « fataliste » quant à l’utilisation de leurs données.

L’éducation numérique doit être une grande cause nationale

Quels comportements convient-il d’adopter par rapport à ces risques ? Quels moyens permettraient de traiter ces différents enjeux et d’encadrer cette problématique ?

Le sujet de l’éducation est une priorité. En effet, les comportements déstructurants que peuvent avoir certains individus, notamment les plus jeunes, via les réseaux sociaux par exemple, peuvent aboutir à des drames. La puissance publique doit se poser la question de l’éducation générale. L’Etat doit également définir et réglementer quel sera le coffre-fort de l’identité numérique et la clé de cette identité. De plus, nous n’avons pas encore eu de débat sur l’impact du numérique dans la vie des citoyens, et c’est dommageable.

Les jeunes ont une autre vision des données que la nôtre : ils exposent des données qu’ils n’estiment pas dangereuses, contrairement à notre génération, constate Lazaro Pejsachowicz . Nous sommes en train de leur demander de ne plus vivre, et ils ne comprennent pas pourquoi. Il faut un débat national sur ces problématiques, sans tomber non plus dans le pessimisme ou le fatalisme. Nous devons arriver en France à un consensus sur la protection des données à caractère personnel.

La protection des données à caractère personnel n’est pas un droit qui se monnaie, c’est un droit fondamental !

Pour Sophie Vulliet-Tavernier, la régulation concernant la protection des données à caractère personnel évolue et nous sommes d’ailleurs à une période charnière avec le projet de règlement européen, qui prônera un modèle de gouvernance différent. Le projet prévoit une responsabilisation plus importante des entreprises, avec un rôle plus actif dans la maîtrise des données, un droit à la portabilité des données, un droit à l’oubli, une évolution du droit d’accès à ses informations et de l’utilisation qui en est faite… Toutefois, Akim Oural se dit inquiet quant à la vision de l’Europe et de Neely Kroes sur la protection des données à caractère personnel. « Nous avons énormément de chance d’avoir la CNIL en France. L’état doit renforcer le champ d’action de la CNIL, qui a un rôle fondamental dans l’utilisation de la donnée ».

Quoi qu’il en soit, la protection des données à caractère personnel n’est pas un droit qui se monnaie, c’est un droit fondamental, souligne Sophie Vulliet-Tavernier. Au-delà de la régulation, il faudra aussi une autorégulation et une responsabilisation des individus. La CNIL souhaite d’ailleurs que l’éducation numérique soit une grande cause nationale cette année. Enfin, la Privacy-by-design doit également être développée et devenir un facteur de croissance de l’économie numérique en France. Les start-ups françaises ont d’ailleurs un rôle à jouer en la matière, conclut-elle.




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