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Enquête exclusive sur l’utilisation du Shadow IT en France

avril 2018 par CESIN et Symantec

L’usage généralisé des applications Cloud offre de nombreuses opportunités pour l’entreprise et une réelle autonomie pour les directions métiers, il peut impacter a contrario significativement la confidentialité, l’intégrité et la disponibilité des systèmes d’information. Afin d’éclairer ce qui se cache dans l’informatique hors du contrôle de la DSI, le CESIN et Symantec dévoilent aujourd’hui les résultats d’une étude menée en collaboration sur le Shadow IT.

Un certain nombre de membres du CESIN, Responsables Sécurité des Systèmes d’Information (RSSI) de grands groupes français, a participé à une analyse expérimentale, via la plateforme CloudSoC de Symantec1, de l’usage des applications SaaS dans les clouds publics. Alain Bouillé, Président du CESIN, précise : « Jusqu’à une période récente, le RSSI était aveugle sur ces usages de services gratuits. Tout au plus disposait-il de statistiques de consommation Internet obtenues à partir des outils de filtrage Web mais la foisonnance des sites consultés ne pouvait pas lui donner beaucoup d’indications sur l’utilisation réelle de ces services et sur l’ampleur du phénomène. »

Durant plusieurs semaines les logs de pare-feu ou de proxy ont été collectées et analysées afin d’obtenir un rapport d’audit personnalisé et détaillé pour chaque participant. L’ensemble des données a ensuite été anonymisé et rassemblé par le CESIN afin de produire un rapport exclusif sur le Shadow IT dans les grandes entreprises françaises.

Les résultats de ce rapport montrent un écart considérable entre la perception et l’usage réel du nombre d’applications et services Cloud dans les organisations. Alors que l’estimation moyenne d’applications Cloud connues par entreprise est de 30 à 40, le rapport révèle une moyenne de 1700 CloudApps véritablement utilisées par entreprise. L’inventaire réalisé dénombre 287 solutions connues ou inconnues pour le minimum recensé par entreprise, et 5945 au maximum. Une fois les applications SaaS officielles éliminées, le nombre de services inconnus par entreprise, donc en mode shadow, reste impressionnant.

Le rapport distingue l’usage par utilisateur (anonymisé) et par trafic Web. Si la part de vie privée tolérée au bureau peut expliquer la présence de réseaux sociaux comme Facebook dans le TOP 10 des CloudsApps les plus utilisées ; le fait de retrouver Workplace by Facebook dans le Top 10 par utilisateur dans cette catégorie pour des entreprises qui n’ont pas souscrit à ce service de manière officielle comme solution de Réseau Social d’Entreprise, peut poser question.

Autre domaine pour lequel l’entreprise doit étudier les risques de fuites de données : les outils de transfert d’information ou de partage de fichiers volumineux qui s’avèrent être utilisés en très grand nombre. Google Drive tient la première place du classement par utilisateur, tandis que Evernote arrive en 4ème position devant Dropbox. Hightail et WeTransfer ressortent respectivement en 8ème et 10ème position du classement par trafic. On note aussi la présence significative des sites Mega et Uptobox dans le Top 10 par trafic. Parmi tous ces services, il y en a sans doute certains pour lesquels l’entreprise aura souscrit un contrat, pour les autres, on est encore une fois en mode Shadow !

Côté messagerie, Outlook, Google Mail ou Yahoo Mail sont en tête, ce qui peut se justifier par l’autorisation donnée aux salariés de consulter leur messagerie privée au bureau, en revanche la présence dans le Top 10 d’outils de messagerie spécifiquement utilisés dans certains pays et d’applications d’automatisation d’emailing peut interroger.

Enfin, l’étude souligne l’usage largement majoritaire de Tumblr comme plateforme de blogging, ainsi que l’emploi notable de Pinterest et d’Instagram en termes d’usage et de trafic. Il faut se questionner sur l’usage à caractère professionnel ou personnel de tels services. Concernant les services en ligne, Deezer et Giphy dominent le classement, devant les outils de traduction ou de conversion de formats.

L’étude met en garde sur la longue traîne des CloudApps détectées Certaines applications peuvent avoir un caractère paradoxal avec le cadre professionnel, qu’il convient d’évaluer par chaque entreprise, tant en termes de légitimité que de risques. Le rapport rappelle que l’utilisation même épisodique d’un service Cloud, peut suffire à compromettre la confidentialité de l’information.

Le rapport propose 7 commandements du CESIN face aux nouveaux enjeux du Shadow IT.

Outre la confiance à instaurer des utilisateurs avec la DSI, il est indispensable de prendre en compte les besoins des métiers et de leur permettre de rester agiles. Les utilisateurs se servent aujourd’hui d’une myriade de services, le plus souvent gratuits, sans en référer à la DSI. Or le dialogue et la proximité avec les directions métiers participent à anticiper les risques de dérive. Le rôle du RSSI est fondamental, tout comme celui du support utilisateurs. Pour réduire la menace du Shadow IT, la cartographie ne suffit pas, il est nécessaire d’identifier et analyser les flux externes, de qualifier le risque et d’évaluer la criticité de chaque application avant d’engager une discussion avec les utilisateurs sur le plan des besoins fonctionnels et techniques. Selon Michel Juvin, Expert en Cyber Sécurité et auteur des sept recommandations du CESIN : « le recours à un outil de monitoring de la sécurité des « Apps » comme les solutions de type CASB (Cloud Access Security Broker) est devenu un impératif. » Parmi les commandements du CESIN dans le contrôle du Shadow IT, figurent la sensibilisation des personnels et la mise en place d’une procédure d’acquisition de solutions SaaS, nécessairement simple et sans pesanteur. Enfin, il est nécessaire de définir les conditions et/ou limites pour le recours à des solutions Cloud pour tous les domaines de la DSI : les serveurs, les données (par sensibilité), les services d’identité… et l’organisation interne.


A propos du CESIN
Le CESIN (Club des Experts de la Sécurité de l’Information et du Numérique) est une association loi 1901, créée en juillet 2012, avec des objectifs de professionnalisation, de promotion et de partage autour de la sécurité de l’information et du numérique. Lieu d’échange, le CESIN permet la coopération entre experts de la sécurité de l’information et du numérique et entre ces experts et les pouvoirs publics. Il participe à des démarches nationales et est force de proposition sur des textes réglementaires, guides et autres référentiels. Le CESIN est partenaire de plusieurs organismes et institutions, comme l’ANSSI, la CNIL, la BEFTI, la Gendarmerie Nationale, l’ARJEL, le Cercle Européen de la sécurité, l’AFAI, l’EBG, le CyberCercle ou encore l’EPITA. Le CESIN compte plus de 400 membres issus de tous secteurs d’activité, industries, Ministères et entreprises, dont CAC40 et SBF120. Pour en savoir plus, consultez : www.cesin.fr




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