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AFCDP : « J’arrête d’être hyperconnecté ! »

février 2016 par Emmanuelle Lamandé

En ouverture de sa 10ème Université des CIL, l’AFCDP avait invité la sociologue Catherine Lejealle* à venir présenter ses travaux de recherche sur le comportement des consommateurs en matière de digital. Dans son dernier ouvrage, « J’arrête d’être hyperconnecté ! », elle explique d’ailleurs comment faire face à cette maladie du siècle qu’est l’hyperconnexion, et qui rend les individus complètement « addict » à leurs smartphones et connectés non-stop aux différents media sociaux…une sorte de « détox digitale ».

Les travaux de recherche de Catherine Lejealle sont partis d’un constat sans appel aujourd’hui : nombreux sont ceux qui ne peuvent s’empêcher de pianoter sur leur smartphone ou tablette à longueur de journée et d’être à l’affût du moindre message, post ou « like » sur les réseaux sociaux…

De plus, de la naissance de la civilisation jusqu’en 2003, l’humanité a produit 5 exabytes de données, explique-t-elle. Aujourd’hui, il s’en génère autant tous les deux jours. 822 240 nouveaux sites Internet sont mis en ligne quotidiennement. Sans compter que chaque minute sur la Toile, c’est en moyenne :
-  4 millions de requêtes effectuées sur Google ;
-  277 000 tweets envoyés ;
-  2,46 millions de contenus partagés sur Facebook ;
-  Plus de 560 000 photos sur WhatsApp et Instagram ;
-  72 heures de vidéo téléchargées sur YouTube :
-  Et environ 204 millions d’emails envoyés, dont 70% de spams…

Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit

Aujourd’hui, le Big Data offre la possibilité de traiter et de mettre en relation cette énorme masse d’informations. Mais il faut bien avoir conscience que si ces services sont gratuits, cela signifie que vous êtes le produit… et ce bien souvent sans aucune contrepartie. Il est donc important de bien percevoir et de mettre en balance les risques et les opportunités.

Catherine Lejealle s’est attachée, à travers son étude, à mieux comprendre les attitudes et les croyances des individus, et à étudier leurs comportements au regard du droit à l’oubli dans les différentes sphères de l’identité. Pour mener à bien ses recherches, elle a effectué 33 entretiens qualitatifs individuels, avec également un suivi ethnographique des usages des individus, devant leur compte Facebook par exemple.

Parmi les thèmes abordés, elle s’est intéressée notamment à leur définition et perception du droit à l’oubli, mais aussi des traces et des risques liés au numérique. Elle a pu observer leurs comportements et appréciations dans différents contextes et cas de figure : la sphère amicale tout d’abord, principalement via les réseaux sociaux, la sphère commerciale (fichiers commerciaux…) et la sphère professionnelle, concernant le partage de contenus...

« J’existe parce que j’ai une visibilité »

Elle a ainsi pu constater que la méconnaissance de la nature des risques est presque totale chez les utilisateurs. Le principal risque qu’ils envisagent dans la sphère numérique est l’usurpation de leur carte bancaire, voire de leur identité. De plus, elle a pu observer une attitude ambivalente et une certaine dualité chez les individus aujourd’hui : laisser des traces sur les réseaux sociaux ou plus largement sur Internet peut représenter, selon eux, un risque, toutefois ils vivent désormais au travers de ces traces : « J’existe parce que j’ai une visibilité ».

Catherine Lejealle distingue trois sources d’informations et dimensions qui composent l’identité numérique aujourd’hui : ce que l’individu publie de lui-même, ce que les autres déposent et, enfin, ce que les dispositifs calculent (dernières connexions, nombre de photos…). Ce système a d’ailleurs tendance à survaloriser la quantité et la récence au détriment de la qualité et de la performance. La valeur ne provient pas de la donnée atomisée d’un utilisateur, mais de sa mise en perspective avec celles des autres ou avec d’autres le concernant (parcours).

Une mise en scène de soi devenue « nécessaire »

Toutefois, elle n’a pas observé de véritable prise de conscience quant à la valeur de ces données. Les individus existent parce qu’ils laissent des traces. Pour eux, c’est une appartenance à une communauté et à une génération. Ils ont la volonté de montrer et de partager ce qu’ils aiment (marques, endroits…). La mise en scène de soi (en photos, en vidéos…) est également devenue récurrente. On appartient à une communauté en postant des photos de soi mises en situation avec un produit, une activité, dans un contexte lié… De plus, dans ce scénario, l’individu est en attente d’une confirmation par les autres (bouton « like »…) que sa vie vaut la peine d’être vécue.

Face à ce constat et à cette méconnaissance des risques, l’information et l’éducation, notamment des jeunes, apparaissent bien évidemment fondamentales. Beaucoup reste à faire en la matière. Il s’agira donc de leur exposer et de leur expliquer les risques, mais aussi de les aider à déchiffrer cette complexité technique. Le fossé est effectivement très large aujourd’hui entre les actions conduites dans la sphère digitale et la méconnaissance des risques et de la technique.

Vers une « détox digitale »…

Dans son ouvrage, « J’arrête d’être hyperconnecté ! »*, Catherine Lejealle explique également aux individus comment faire face à cette maladie du siècle qu’est l’hyperconnexion, cette addiction au smartphone comme cette nécessité de se connecter aux media sociaux en permanence… L’utilisateur retrouve ainsi les clés pour réapprendre à utiliser les nouvelles technologies et les réseaux sociaux sans excès ni culpabilité, à travers un programme de « détox digitale », de 21 jours, concocté sur mesure.

Les entreprises, quant à elles, devront s’inscrire dans un cercle vertueux au quotidien, notamment à travers un marketing de la permission. L’objectif est d’aider l’utilisateur à acquérir la maîtrise de ses usages et de ce qui se passe à son insu.

En conclusion de cette étude, elle remarque une utilisation massive de ces nouveaux usages numériques, notamment chez les digital natives. Ces pratiques sont incitées par la facilité, la disponibilité, la gratuité et sont, de plus, à portée de mains. On assiste, en outre, à une mise en scène de soi valorisée et nécessaire, sinon on est « mort » ! Ces consommateurs n’ont cependant pas conscience de la valorisation de leurs données par des tiers.

Enfin, les risques réels sont aujourd’hui mal évalués et sont d’ailleurs amenés à se démultiplier d’ici peu, avec l’explosion de la géolocalisation (les photos à l’avenir seront prises avec la date et le lieu…), des objets connectés ou encore du deep learning… C’est pourquoi il est important que chacun soit sensibilisé à ces problématiques, et ce sans perdre de temps.


* Catherine Lejealle est sociologue spécialiste du digital et enseignant chercheur à l’ISC Paris.
Auteur de plusieurs livres, Catherine Lejealle focalise ses travaux sur le comportement des consommateurs en matière de digital et l’appropriation des TIC dans la sphère privée ou professionnelle. Son dernier ouvrage, « J’arrête d’être hyperconnecté ! », est paru aux éditions Eyrolles en mars 2015.


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