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5G : l’Europe doit être moins naïve !

avril 2019 par Marc Jacob

L’observatoire du FIC a organisé une conférence sur le thème de la 5G, animée par Henri Tallon VP, Head of Mobile Network Support at Nokia. Pour lui, il est temps que l’Europe soit moins naïve et défende ses champions européens !

Henri Tallon en introduction a dressé un rapide historique des télécoms en partant de Rudolf Hertz, en passant par Édouard Branly, pour finir sur Claude Shannon qui a créé le théorème de Shannon. En fait, tous les réseaux télécoms fonctionnent sur les principes énoncés par ces chercheurs. Le G de 5G veut dire Génération, explique-t-il. Il rappelle que chaque génération dure environ 10 ans. Les années 90 ont vu l’apparition de la téléphonie mobile qui s’apparentait à un téléphone sans fil avec un niveau de communication médiocre. On est passé dans les années 2000 au Edge, puis à la 3G puis à la fin des années 2000 et à la 4 G avec des débits extrêmement rapides qui permettent de visionner des vidéos, écouter de la musique... la 5G qui arrive aujourd’hui devrait apporter de nouveaux usages aux consommateurs. Un réseau mobile est constitué de Smartphones, d’antennes, base, stations et BTS et le cœur des réseaux, a-t-il expliqué en préambule de son intervention.

Les Télécoms sont un marché de masse. Par exemple, en Corée lors de l’installation des premières expérimentations de 5G, il a été déployé 84.000 antennes. Aujourd’hui, les acteurs de ce business sont uniquement Ericsson, Nokia, Huawei, ZTE et Samsung dans une moindre part, ce fournisseur opère quasiment uniquement dans quelques pays d’Asie. Dans ce panorama, Huawei représente 40 milliards de CA, ce qui est globalement le double des CA réunis de Nokia et d’Ericsson. Les 4.000 opérateurs dans le monde ne peuvent se fournir que chez ces constructeurs.

Au niveau technologique, le 3GPP permet l’interopérabilité entre les opérateurs et les constructeurs de téléphones mobiles. Il a favorisé la compétition et donc l’innovation. En revanche, il crée des « fast follower » qui permettent de copier des innovations. En outre, il rend la propriété intellectuelle plus difficile. Enfin, il a pour inconvénient d’abaisser la qualité des contributions.

La 5G est, selon Henri Tallon, une technologie très disruptive pour plusieurs raisons. Un des différences clés avec la 4G est la possibilité de connecter des centaines de millions d’utilisateurs dès son avènement. De plus, la vitesse de connexion va passer en dizaine de mégabits par seconde. En outre, la latence va être réduite. Elle est aujourd’hui de 10 mns et va passer à dix fois moins. Au niveau de la qualité de service, les opérateurs auront des SLA à tenir alors qu’aujourd’hui ils sont tenus à faire « leur possible ». Avec la 5G ont pourra découper une partie du réseau pour le séparer. Les opérateurs vont pouvoir avoir des catégories d’utilisateurs par exemple par type de priorité.

Au niveau des technologies, on va dénombrer 6 nouveautés : l’utilisation de nouvelles fréquences, le « massive MIMO » qui permet à l’antenne de capturer plusieurs messages et de suivre un utilisateur. Elle va pouvoir créer un faisceau vers un utilisateur pour améliorer la qualité de transmission. La 5G va permettre d’agréger les canaux. Elle intègre le Cloud Native pour agréger et dupliquer les réseaux. « L’interface Air Flexible » devrait permettre d’économiser la consommation des téléphones en sollicitant le téléphone de façon moins constante.

La 5G, une nécessité poussée par les besoins des utilisateurs

La 5G est nécessaire du fait de la saturation des réseaux 4G, ces derniers devraient être saturés d’ici deux à quatre ans. Pour Henri Tallon, la révolution de la 5G va rendre possible de nouveaux cas d’usages dans différents domaines comme la gestion de l’énergie, la santé, le médical, les transports, l’industrie 4.0, la ville et la maison intelligente, la réalité virtuelle et augmentée et enfin la sécurité publique. Ainsi, les compteurs Linky supportent déjà la 5G et devraient permettre d’adapter les besoins en énergie en temps réel. De même dans le domaine de la santé, des capteurs pourront permettre de prévoir à l’avance, par exemple, la probabilité d’avoir une crise cardiaque. Dans le domaine des transports là encore les applications sont multiples comme par exemple en Italie avec la gestion du ramassage des ordures ménagères. En matière de sécurité publique là encore les usages sont multiples comme par exemple l’alerte des forces de polices en cas de problème dans les rues. L’idée serait en temps réel d’envoyer la voiture de police réellement la plus proche lors d’un incident.

La souveraineté, un véritable enjeu

Quant à la souveraineté, avec la 5G tout va être connecté et si on ne maîtrise pas ce réseau on risque d’être dépendant. Henri Tallon estime que les risques sont double d’une part a perturbation l’interruption des réseaux. D’autre part, reste le vol de propriété intellectuelle. Le problème de cette technologie est la concurrence entre les fournisseurs de cœur de réseaux. En effet, en Europe et aux États-Unis les règles de la concurrence sont claires avec une clarté des états financiers, des normes en matière d’éthique et de conformité. Sans compter celles qui ont trait aux aides des états, au dumping, aux normes sociales, aux financements de l’export et à l’ouverture des marchés locaux. Les fabricants chinois selon Henri Tallon ne respecteraient quasiment aucune de ces règles, ce qui provoque une distorsion de concurrence.

Henri Tallon préconise qu’il faut qu’il y ait une prise de conscience qu’un affrontement direct avec la Chine est inévitable. Il faut arrêter d’être naïf ! En termes d’intelligence économique, il faut capitaliser sur une préférence nationale intelligente pour l’attribution des fréquences et la politique industrielle. Il faut capitaliser sur les recommandations de l’ANSSI et sur la protection des OIV en ce domaine. Il propose qu’il y ait un seul réseau mobile au départ avec des opérateurs qui pourraient commercialiser les réseaux à disposition. La communication devrait peut-être un jour faire partie du service public...

On pourrait rajouter que les opérateurs ont leur part de responsabilité dans cette situation en allant toujours vers le mieux disant en matière de prix. Quant à l’Europe avec sa sacrosainte volonté de concurrence, elle aussi eu une influence néfaste. Au final, c’est le consommateur qui risque d’en pâtir coincé entre son besoin d’usage toujours plus grand et donc de connectivité toujours plus rapide et son besoin de respect de sa vie privée. Quant aux entreprises, elles aussi seront coincées entre leur volonté de productivité et de sécurité des données qui vont immanquablement transiter sur la 5G.




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